"Le "vrai" travail, celui où tu souffres" par Manon Godard

Après plusieurs mois à écrire son roman, mon chéri a commencé cette semaine un emploi salarié – si je te raconte cela, c’est parce que ça réveille en moi cette croyance : « Moi je ne travaille pas vraiment. Je n’ai pas un VRAI travail ».

Le plus cocasse, c’est que si on compare il passe beaucoup de temps à ne rien faire dans son travail alors que moi je suis toujours en train de faire quelque chose, souvent pendant bien plus d’heures 😅

 

Mais je sens que les notions de « plaisir » et de « gérer son temps » incitent à croire que je n’ai pas un vrai travail.

 

Celui où on t’impose tes horaires, tes tâches, tes collègues, ton lieu de travail etc…

Alors dans un vrai travail on subit et dans un pas vraiment du travail on choisit ? Ce serait dans la notion de choix que tout se joue ?

Ça me met en colère qu’une part de moi pense encore cela et ne se sente pas légitime à parler de sa journée le soir – sauf si ma journée a été biiiien fatiguante, alors là j’ai « vraiment travaillé ».

 

Cette notion de dur labeur qu’on subit est tellement ancrée en nous.

 

Ceux qui triment sont des héros courageux et ceux qui gagnent bien leur vie avec plaisir et facilité sont des escrocs montrés du doigt.

Même dans le monde des graphistes freelance, il y a ce club des « on a des clients irrespectueux et mauvais payeurs + on bosse dure pour des cacahuètes + on ne compte pas nos heures, soirées, week-ends + c’est la crise, c’est vraiment compliqué + C’EST NORMAL, C’EST LA VIE, C’EST COMME ÇA ».

Des codes que l’on associe au vrai travail : si tu galères, alors on valide que tu travailles vraiment !

 

Pourquoi une part de moi ne se sent pas légitime ?

 

Parce que mes clientes sont absolument formidables et adorables, travailler avec elles est un très grand plaisir, j’adore ce que je fais. Parce que je gère mon emploi du temps, je m’organise comme je le souhaite. Parce que ce que je fais est simple pour moi, ça ne me demande pas d’efforts.

Alors je ne coche pas les cases du vrai travail ; une fois j’ai entendu un entrepreneur dire qu’il avait une « activité rémunératrice », ce terme résonnait mieux selon lui et je trouve que ça a du sens.

(D’ailleurs je viens de penser au fait que lorsqu’une femme accouche et donc est en difficulté/effort/souffrance, on dit que « le travail commence »… Vraiment sympa le sens qu’on attribue au mot travail !)

 

Mon cheminement me mène à la notion de pouvoir.

 

Si tu laisses le pouvoir à un autre (ton patron, tes clients…) tu es un travailleur, par contre si tu prends ton pouvoir et que tu définis tes codes, tu n’es pas reconnu ?

On revient aussi et toujours à la croyance « Il faut travailler dur, souffrir, sacrifier, pour gagner de l’argent – pour le MÉRITER même ! »

C’est drôle car c’est l’une des pensées que j’ai déconstruite il y a quelques jours, tu vas voir c’est très rapide :

– Je dois travailler dur pour recevoir de l’argent.
– Est-ce que j’ai déjà reçu de l’argent facilement ?
– Oui, pour les anniversaires, pour des projets super fluides, même en en trouvant par terre…
– Donc travailler dur n’est pas le seul moyen de recevoir de l’argent, ce n’est pas obligatoire ?
– Non.

Voilà !

(D’ailleurs pour la petite anecdote, quelques jours après j’ai reçu plusieurs fois de l’argent sans faire d’effort et sans rien demander !)

 

Bref, même si une part de moi résiste encore, je sais que je fais un travail cool, que je fais du super bon boulot et que je n’ai pas à souffrir pour que mon travail soit validé.

Je ne vis pas pour survivre. Je vis pour vivre ma meilleure vie 😁

 

J’avais envie de partager ces réflexions avec toi et je serai heureuse de lire ce que tu en penses !

Manon