"Les grandes lignes de mon passé" par Manon Godard
Mes pensées & réflexions

Les grandes lignes de mon passé

"Les grandes lignes de mon passé" par Manon Godard

Sur mon blog, je parle beaucoup de positif, de décider de voir la vie du bon côté, d’être acteur de sa vie, ce genre de choses… Et via certains échanges j’ai le sentiment que plusieurs personnes se disent que c’est facile pour moi de dire ça, que je n’ai pas une situation difficile, que je suis du bon côté de la barrière, que j’ai de la chance. Ces personnes-là voient qui je suis aujourd’hui, le haut de l’iceberg, mais ne voient pas le chemin que j’ai du faire pour être qui je suis.

 

Je n’ai jamais trop évoqué mon passé sur Internet.

Déjà dans la vraie vie, je n’en parle pas trop ; je suis plutôt de celles qui écoutent les autres sans trop se révéler. Et sur Internet, c’est encore plus délicat : Internet, c’est la place publique, tout le monde peut y accéder, tout le monde peut utiliser notre vulnérabilité pour nous atteindre. Enfin, il y a des personnes qui peuvent me lire et que je n’ai pas envie de blesser avec mes mots.

 

Mais j’en ai marre qu’on croit que tout a été facile pour moi.

Ça n’a pas été le cas. J’ai vécu toute une suite de choses qui a généré tout un tas de souffrance et de croyances limitantes.

 

Déjà, on n’est pas vraiment une famille où se dire « Je t’aime » et être démonstratif est la norme.

Du coup petite, j’étais persuadé que l’amour que me portaient mes parents était lié à mes résultats scolaires : si j’avais de bonnes notes, mes parents m’aimaient, c’était ma logique. Du coup j’étais une « enfant modèle », polie, avec d’excellents résultats, et au moindre faux-pas j’étais terrifiée à l’idée de décevoir mes parents et de perdre leur amour. Même adulte, je garde tout ce bagage de la « petite fille parfaite », qui ne veut rien faire de mal pour ne pas être rejetée et qui cherche à être validée. A côté de ça, dès l’école primaire j’ai subit des humiliations, ces fameuses « gamineries » aux yeux des adultes censés nous protéger et nous défendre (j’en parlais dans mon article sur l’école).

 

Vers mes 9 ans, j’ai fait face au divorce de mes parents, qui m’est tombé dessus sans prévenir.

Mon noyau familial et mes repères se sont effondrés, ça a été terrible pour moi.

D’un côté, j’étais en colère contre ma mère car à mes yeux c’était sa faute si nous souffrions tous. Elle s’est mise en couple avec un compagnon qui nous insultait très souvent : des mots très violents, face auxquels ma mère ne nous défendait pas. Rapidement c’est moi qui me suis sentie le devoir de prendre la place de la maman pour défendre mon frère et ma sœur.

J’étais terriblement malheureuse chez ma mère, d’autant plus qu’au fil du temps son compagnon liguait les autres enfants contre moi, en les privant de dessert par ma faute par exemple. Je ne me sentais pas à ma place, et surtout je ne me sentais pas aimée par ma mère. Un jour une goutte d’eau a fait débordé le vase, suite à quoi je lui ai demandé à rester chez mon père pendant une semaine entière ; elle a décidé que j’y resterai pendant un mois, et le mois n’a jamais fini. Pendant des années, je n’ai plus eu de mère : je ne la notais même plus sur les documents administratifs, je l’ai reniée. Et j’ai beaucoup culpabilisé de savoir que mon petit frère et ma petite sœur allaient toujours là-bas, alors que je n’étais plus là pour les défendre.

 

Je suis donc celle des trois enfants qui a le plus vécu avec notre père, et ça n’a pas été facile.

Mon père est un homme formidable, que j’aime énormément et pour lequel j’éprouve énormément de gratitude : il a toujours fait ce qu’il pensait être le mieux pour nous, il prend son rôle de père très au sérieux. Le fait est que nous avons beaucoup souffert ensemble – ce qui nous a sûrement rapproché.

Suite au divorce nous étions tous les deux écorchés. Je suis devenue la femme de la maison, à l’écouter, à m’occuper du foyer, des enfants, du haut de mes 10 ans. J’ai vécu énormément de soirées de tristesse, de colère, de cris, de violence, à avoir peur de la vaisselle jetée et des coups dans les murs. Je n’ai jamais été battue, mais entre chez mon père et chez ma mère j’ai grandit dans ce que je pense être un climat de violence, en quelque sorte. Parfois mon père me reprochait de ne pas assez l’écouter, alors je mettais mes propres problèmes de côté pour écouter les siens, alors que je n’étais pas une adulte : c’était mon nouveau rôle. Je croyais que ma mère ne m’aimait plus, alors mon père était tout ce que j’avais, je devais être à la hauteur pour qu’il ne me rejette pas. Souvent on me dit que je suis mature, mais la vie m’a forcée à grandir vite.

 

En même temps j’ai vécu le harcèlement scolaire ; les gens qui m’humiliaient, qui me touchaient comme si j’étais une chose…

Mais que ce soit à la maison ou à l’école, j’avais appris à encaisser et à subir. J’étais dépendante affective, je voulais qu’on m’aime, du coup je subissais pour qu’on ne me rejette pas, quitte à me rabaisser. Plus d’une fois j’ai été trahie par les personnes a qui je faisais confiance, et ça laisse des cicatrices. J’étais mal dans ma tête, mal dans mon corps, mal dans mon cœur.

 

Le divorce a aussi déclenché mon bégaiement ; moi qui petite faisait des discours devant des foules, je n’arrivais plus à m’exprimer correctement.

Ma mère s’énervait en disant que je le faisais exprès, mon père s’énervait parce que ça lui faisait mal de me voir comme cela. Beaucoup de colère pour quelque chose que j’étais la première à subir, et que j’ai mis des années à (presque) effacer. Bégayer me pénalisait énormément en cours, je me sentais terriblement honteuse. J’ai totalement perdue confiance en moi pendant cette période. Toutes ces choses cumulées jouent sûrement dans mes difficulté avec le téléphone, et globalement à aller vers les autres (d’ailleurs quand je pense que j’ai fait des vidéos sur ce blog, je suis super fière !). J’étais terriblement malheureuse, et paradoxalement j’étais la personne à qui tout le monde confiait ses problèmes ; j’écoutais beaucoup de monde, mais peu de monde m’écoutait.

 

En seconde j’ai rencontré mon chéri, ma plus belle rencontre.

J’ai eu le coup de foudre, comme dans un film, genre le monde qui ralentit autour de lui et l’intuition qui m’a dit « Lui, il va compter dans ta vie » 😍 C’était ma première relation, et au bout d’une semaine je me suis séparée parce que j’avais trop peur de le faire souffrir : le divorce de mes parents m’avaient « prouvé » qu’à un moment ou un autre j’allais lui faire mal, comme ma mère envers mon père. Mais la séparation n’a pas duré, je l’aimais trop et finalement j’étais prête à prendre le risque d’aimer. Décider de prendre le risque, parce que ce qu’on a à y gagner vaut ce risque.

 

A mes 17 ans ma mère a repris contact avec moi, c’est ma sœur qui a joué l’intermédiaire. C’est aussi à ce moment-là que mon chéri m’a trompée et quittée pour une autre ; après le divorce de mes parents, ça a été ma deuxième grosse épreuve. Je ne lui en veux pas totalement, j’ai aussi mes tords : totalement dépendante affective, je ne vivais que pour lui, je m’étais totalement perdue en tant qu’individue et j’étais malheureuse, forcément ça ne donne pas envie de rester. Si on ne pense pas à soi d’abord on ne peut pas être heureuse, et si on ne s’aime pas soi-même on ne peut pas demander aux autres de le faire pour nous, c’est ce que j’ai appris de tout ça.

Bref, j’étais dévastée, et j’ai énormément souffert. Mais je ne me suis pas laissée abattre, j’ai décidé de le reconquérir. Je vous passe les détails, mais au bout d’un mois nous avons repris notre histoire, plus forts, et cette année nous fêterons notre 10e année ensemble 🙂

Se remettre ensemble après cela n’a pas été facile, il a fallu reconstruire la confiance et ça a demandé beaucoup de temps et beaucoup de pleurs. Pour autant, je crois que c’est la meilleure expérience que j’ai eu, dans le sens où elle m’a vraiment appris à penser à moi, à m’affirmer, à changer de regard. C’était terrible mais extrêmement enrichissant, et pour cela j’ai de la gratitude envers cette période très sombre. Oui, on peut tirer du positif des périodes difficiles, parfois cela demande juste du recul et du temps.

 

La reprise de contact avec ma mère à ce moment-là a duré à peu près trois ans, mais cela me faisait trop souffrir : j’avais une correspondante, pas une maman.

J’avais encore trop d’attentes de petite fille, qu’elle ne pouvait pas me donner, et j’en souffrais énormément. Alors un jour j’ai coupé contact à nouveau, pour avoir moins mal, et je ne regrette pas ce choix car en effet je me suis sentie plus légère. Décider de couper le contact avec sa mère, après une première coupure, cela demande beaucoup de force ; c’est prendre une décision très difficile, choisir de faire souffrir d’autres personnes, en pensant à soi en premier. J’ai décidé d’être la personne la plus importante pour moi.

 

J’ai commencé mes études d’arts appliqués, avec toujours beaucoup de difficultés à aller vers les autres et à me sentir totalement intégrée.

Par une suite d’événements, j’ai fait un projet de diplôme qui ne me plaisait pas totalement et qui a fini par être une souffrance, résultat je n’ai pas eu mon diplôme la première fois à 0,10 point près. Déception, colère, honte, mais aussi de la détermination.

C’est à ce moment-là que j’ai créé mon entreprise : j’avais décidé d’être graphiste-illustratrice freelance, et diplôme ou non j’allais le faire !

Pendant ma première année d’entrepreneuse, j’ai repassé mon diplôme en candidate libre et je l’ai eu. Maintenant je suis dans ma 4e année d’entrepreneuriat, toujours plus décidée à réussir. Au fil du temps, j’ai appris l’importance de faire ce qui est fluide pour soi, que se forcer pour les autres faisait souffrir et ne donnait généralement rien de bon au final (d’où mon article « Réussir en étant soi »).

 

Il y a environ un an et demi j’ai écrit une longue lettre à ma mère, pour vider tout ce que j’avais à lui dire.

Décider d’écrire cette lettre, et encore plus de l’envoyer, n’a pas été facile et m’a pris du temps.
Suite à cette lettre on a repris contact, on s’est revue et on a pu discuter en adultes. Elle a pu me parler de sa propre histoire, de ses problèmes avec son père et les hommes (un bon bagage dont j’ai vraisemblablement hérité). On a pu s’exprimer toutes les deux, et depuis on garde contact et ça se passe bien ; on a trouvé une relation peut-être atypique mais qui fonctionne. J’ai appris à vivre sans elle, du coup je n’ai plus les attentes que j’avais autrefois. Aujourd’hui, mes deux parents font à nouveau partie de ma vie.

 

Maintenant vous connaissez les grandes lignes de mon histoire.

Nous avons tous notre passé et nos blessures, moi comprise. Je ne me place pas en victime, il est inutile de comparer les souffrances des uns et des autres et il n’y a pas de hiérarchie à faire. Je ne regrette rien, tout ce que j’ai vécu m’a façonnée.

Si je suis positive, ce n’est pas parce que tout a été beau et rose pour moi ; j’ai souffert et je pourrais être une personne totalement différente si j’avais décidé de vivre les choses autrement. On ne contrôle pas les événements mais je crois qu’on contrôle comment on les reçoit et les traverse. Je suis positive parce qu’un jour j’ai décidé de l’être, j’ai fait un travail sur moi qui se poursuit chaque jour.

 

J’ai de la gratitude pour toute mon histoire car c’est grâce à elle que je suis celle que je suis.

Plusieurs fois je me suis demandée ce qui donnait du sens à mon activité, et je crois que je m’approche de la réponse.

La douceur a une grande place dans mon travail pour apaiser la violence que j’ai connue. Je fais briller les autres grâce à mon travail pour combattre les humiliations. Je crée du beau pour effacer le laid. Je mets de la couleur pour recouvrir le noir. Mes créations sont comme des pansements que je pose sur notre monde, pour qu’il aille mieux grâce à la beauté et à la douceur. Je crée pour mettre du positif en images.

Grâce à mon activité, de façon superficielle mais aussi plus en profondeur, j’ai envie de partager du beau, du positif, de l’amour et de la douceur. C’est mon fil conducteur, c’est ce que je veux partager dans mon travail, dans mes créations et dans mon blog.

 

Je crois que, même avec votre histoire, même avec vos blessures, vous pouvez décider.

On peut tous trouver plein d’excuses – moi aussi j’en trouve ! – mais au fond je crois qu’on sait que le plus gros dépend de nous. Dire à quelqu’un « C’est facile pour toi », c’est un peu se cacher derrière, pour ne pas essayer nous-même. Vous pouvez décider de faire ce qui vous rend heureux, ce qui vous épanouit, ce qui vous fait briller, c’est ce en quoi je crois. Passer à l’action peut être très difficile, mais pas impossible, si vous vous y autorisez.

 

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Sur ces mots, je vous remercie de m’avoir lu et je vous envoie beaucoup d’amour. Merci pour votre fidélité et pour votre bienveillance. Prenez soin de vous, vous êtes la personne la plus importante pour vous 🙂

 

PS : Si cet article vous a donné envie de découvrir mon univers et mes créations, où se mêlent douceur et couleur, visitez mon book en ligne de graphiste-illustratrice.

 



 
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9 commentaires

  1. Merci pour le partage de ton histoire, c’est très touchant. Ça me parle énormément car j’ai également du grandir très vite pour « faire face » à la maladie mentale de mon père. Je crois que les gens créatifs, comme toi ou comme moi dans un autre style, ont développé ce talent par nécessité de s’échapper un peu, de créer un ailleurs possible. J’ai longtemps été enragée face aux épreuves que la vie a déjà mis sur mon chemin. Et puis j’ai réalisé que ça m’avait rendue plus forte et que comparé à d’autres je n’avais absolument aucun problème pour rebondir en cas de déconvenue. L’analyse de notre propre histoire nous apprend beaucoup et c’est une chance que d’en sortir et de se remettre au centre de tout. Belle soirée à toi !

    1. Manon Godard says:

      Merci à toi de partager un bout de ton histoire dans ce commentaire, bravo pour le positif que tu en as retiré, et bravo d’être toi !

  2. Bravo pour avoir osé partager ton histoire Manon 🙂 Tu es une belle personne et c’est toujours un plaisir de te lire, même si je ne commente presque jamais, je te lis =)
    Je te souhaite plein de belles choses pour la suite et nul doute que tout ça t’aura aidée à devenir celle que tu es.

    1. Manon Godard says:

      Merci beaucoup pour ton message Marine, et pour ta fidélité ♥ Je te souhaite également beaucoup de belles choses !

  3. Ton histoire m’a touchée et j’ai pris plaisir à la lire en entière et d’en savoir plus sur toi.
    Bravo pour avoir traverser toutes ces épreuves et d’en être ressortie grandie!

    1. Manon Godard says:

      Merci beaucoup de m’avoir lue et pour ton mot Aline ! Bravo à toi aussi pour ton parcours et ton évolution 🙂

  4. D’habitude je ne fais que lire tes articles, ils se suffisent à eux-mêmes, tu as une très belle plume.
    Mais là j’ai senti qu’il fallait que je commente, peut-être parce que je comprends mieux pourquoi je t’apprécie autant, ce sentiment de se voir soi-même évolué.
    Je ne vais pas raconter mon histoire, car on parle de la tienne ici, et franchement tu résumes si bien pourquoi aujourd’hui tu (nous) es aussi positive et pourquoi le « soi » est tellement important.
    Je suis fière de voir ton aventure évoluer à ce point, je suis fière de te suivre dans « l’ombre » de ton blog parce que tu es une très belle personne/âme. Longue vie à toi <3

    Merci pour ces mots, tes mots.

    Morgane

    1. Manon Godard says:

      Merci beaucoup pour ton message Morgane ♥ Sache que c’est entre-autre voir ta parole se libérer qui m’inspire à libérer la mienne 🙂 Je ressens de plus en plus l’envie de dépasser le virtuel et de te rencontrer – qui sait ce que 2018 nous réserve ? 😉

      1. De savoir qu’on se pousse mutuellement me remplie de joie \o/ !
        Je t’avoue que j’ai peur que tu sois déçue de la personne que tu pourrais rencontré, mais je vais arrêter d’avoir peur et de penser haha, comme tu dis « qui sait ce que 2018 nous réserve » 😀 !

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